04/06/2007

Casseurs d'entreprises

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lundi 4 juin 2007, 8h11
Air Lib: l'ex-PDG Jean-Charles Corbet devant le tribunal correctionnel
Par Eloi ROUYER

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PARIS (AFP) - L'ex-PDG d'Air Lib, Jean-Charles Corbet, ainsi que six autres prévenus, soupçonnés de graves malversations au sein de l'ex-deuxième compagnie aérienne française, comparaissent à partir de lundi et jusqu'au 20 juin devant le tribunal correctionnel de Paris.
Air Lib a été mis en liquidation judiciaire le 17 février 2003 par le tribunal de commerce de Créteil, ce qui a entraîné le licenciement collectif de 3.200 salariés, soit l'une des plus grandes hémorragies sociales de ces dernières années avec la fermeture des usines Moulinex en 2001.

Par le biais de sa holding Holco, Jean-Charles Corbet, ancien pilote et dirigeant du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) d'Air France, avait pris le 27 juillet 2001 les rênes d'AOM-Air Liberté rebaptisé Air Lib quelques mois plus tard.

Au terme d'une instruction conduite par le juge Renaud Van Ruymbeke, la justice lui reproche notamment de n'avoir consacré qu'une partie des fonds versés (un total d'environ 150 millions d'euros) par l'ancienne maison-mère d'AOM-Air Liberté, Swissair, au redressement de la compagnie alors que d'importants virements, dont le montant global avoisine les 14 millions d'euros, étaient effectués vers diverses sociétés de la holding Holco.

M. Corbet est également poursuivi pour s'être servi, à des fins personnelles, de fonds prélevés dans la trésorerie d'Holco, notamment pour s'attribuer une généreuse prime d'arrivée - "golden hello" - d'environ 8 millions d'euros ou pour acheter un bijou à sa femme d'une valeur de 153.470 euros.

Au cours de l'instruction, l'ex-PDG a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés.

La gestion de M. Corbet, ciblée par l'instruction judiciaire, a fait l'objet d'attaques virulentes dans le rapport d'enquête parlementaire sur Air Lib rendu public le 18 juin 2003.

A l'époque, le rapporteur UDF de la commission, Charles de Courson, avait estimé que la motivation "probablement principale" de M. Corbet dans sa démarche de reprise de la compagnie aérienne "était de s'enrichir".

Outre M. Corbet, six autres prévenus, dont une personne morale, doivent comparaître devant la 12e chambre du tribunal.

Tout d'abord, Me Yves Léonzi, l'avocat d'Holco, poursuivi notamment pour complicité d'abus de confiance, complicité d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux, faux et usage de faux.

David Mongeau, vice-président de la Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC), l'une des plus grosses banques privées canadiennes, elle-même mise en cause en tant que personne morale, est lui-aussi poursuivi en raison de la rémunération de 8,3 millions d'euros, qualifiée d'"abusive" par l'accusation, dont a bénéficié la banque pour avoir participé au montage du projet de reprise par Holco.

Enfin, trois autres personnes sont encore visées : Erik de Vlieger, l'ancien prétendant à la reprise d'Air Lib qui aurait permis à M. Corbet de sortir des actifs de la compagnie aérienne, en l'occurence des avions, Christian Paris, syndicaliste du SNPL, et Pierre-Yves Moreau, consultant poursuivi pour des rémunérations occultes.

L'ancien ministre des Transports Jean-Claude Gayssot a par ailleurs été interrogé par M. Van Ruymbeke, comme témoin, sur l'attitude du gouvernement à l'époque. Plusieurs acteurs du dossier lui avaient reproché d'avoir favorisé la candidature d'Holco lors de la reprise d'Air Lib.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le naufrage d’Air Liberté incite à se demander comment un pilote de ligne, qui n’avait aucune expérience de chef d’entreprise, ait pu reprendre, en juillet 2001, une compagnie aérienne en faillite en obtenant le soutien de la compagnie nationale Air France ainsi que celui de Jean-Claude Gayssot, ministre communiste des transports…

Qu’elles sont les extraordinaires et mystérieuses capacités de persuasion dont a pu faire preuve Jean-Charles Corbet pour prendre le contrôle d’Air Liberté au travers d’Holco, société totalement inconnue ?...

Pour trouver une explication à cette prise de contrôle, il est tout d’abord nécessaire de souligner les indéniables capacités de meneur d’hommes de Jean-Charles Corbet, et dont il a su faire preuve en tant que président syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) lors de la grève des pilotes de juin 1998…

La deuxième raison réside en la bonne connaissance du transport aérien qu’il a acquise en exerçant son métier de pilote de ligne.

Mais ces deux raisons sont-elles suffisantes pour convaincre à la fois les dirigeants de l’une des principales compagnies aériennes de la planète, et le ministère des transports ?...

Et s’il y avait autre chose ?...

En juin 1998, pendant la grève des pilotes qui paralysa Air France, j’étais commandant de bord B747 dans cette compagnie mais aussi l’un des membres les plus actifs du SNPL…

En effet, j’ai participé, dans l’ombre, à cette grève qui avait été lancée pendant la Coupe du monde de Football…

Mon action a consisté à mettre la pression sur le gouvernement en dénonçant ce qui semble être le détournement des indemnités de la guerre du Golfe par François Mitterrand, et dont le montant serait de près de 3,5 milliards de dollars…

En effet, j’avais dénoncé ce détournement de fonds, le 22 février 1998, à la Brigade de contrôle et de recherche (BCR) de la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF) du Havre, en présence de quatre contrôleurs et inspecteurs du ministère des Finances…

De plus, j’avais informé de ce dossier, en continu, mes petits camarades du SNPL…

J’ai beaucoup apprécié pendant la grève de juin 1998 la pugnacité de Jean-Charles Corbet.

D’ailleurs, celui-ci avait l’intention de divulguer ce scandale au public, en Mondovision, si Air France et le Gouvernement lançaient très forte une campagne médiatique contre les syndicats de navigants techniques….

Afin de faire bonne mesure, j’ai envoyé le 2 juin 1998, c'est-à-dire le premier jour de cette grève, un courrier à Jean-Pascal Beauffret, Directeur général des impôts, lui rappelant mon action d’aviseur du ministère des Finances…

Ce premier courrier a permis une première mise en pression du gouvernement…

Puis, compte tenu du fait que la compagnie Air France ne cédait pas à nos revendications et que les médias – c'est-à-dire les faiseurs d’opinion - continuaient à être fortement agressifs envers les pilotes, j’ai écrit, le 8 juin 1998, à Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, pour lui rappeler l’existence du dossier guerre du Golfe…

Cette lettre a été envoyée par fax, le 8 juin 1998, au cabinet de DSK, à la présidence d’Air France, ainsi qu’à l’ensemble de la presse et des médias…

Suite à notre détermination, et à notre agressivité, la grève s’est arrêtée dans la nuit du 8 juin au 9 juin 1998, après une réunion entre Jean-Charles Corbet, président du SNPL, et Jean-Cyril Spinetta, président d’Air France…

Nous avons tous été très surpris de la rapidité de la capitulation en rase campagne du gouvernement… Le dossier était vraiment très chaud, et cela signifiait que certains dirigeants de l’époque étaient réellement compromis dans cette affaire…

Puis, depuis juin 1998, j’ai envoyé aux différents ministres des Finances qui se sont succédés à Bercy des courriers relatifs à ce détournement de fonds, de façon à maintenir la pression sur nos élus qui oublient qu’ils sont mandataires des citoyens…

Le dernier courrier, en date du 20 avril 2006, est adressé à Thierry Breton :

http://www.planete-ump.fr/t602-D%C3%A9tournement-des-indemnit%C3%A9s-de-la-guerre-du-Golfe-90-91.htm

Ainsi pour comprendre comment Jean-Charles Corbet ait pu arrêter soudainement la grève des pilotes de juin 1998, puis ait pu prendre ensuite le contrôle d’Air Liberté, il faut être conscient qu’en étant informé du dossier du détournement des indemnités de la guerre du Golfe par François Mitterrand le Syndicat des pilotes de ligne était plus puissant que tout ce qu’il est possible d’imaginer…

Car le pouvoir, c’est, d’abord, l’information…

Jean-Charles DUBOC

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