Fonctionnaires : Santini a testé sa méthode à Issy-les-Moulineaux
Le Maire Santini est cohérent avec le secrétaire d'Etat qui vitupère contre le trop grand nombre de fonctionnaires : dans sa municipalité, il utilise massivement la sous-traitance. Dans des conditions qui n'ont pas échappé à la Chambre régionale des
Comptes.
« Il n'est pas normal que 24% de la population active soit fonctionnaire », tempêtait André Santini, mardi dernier, sur RTL. On reconnaitra au secrétaire d'Ètat à la Fonction publique une forme de courage politique, puisqu'il réagissait par cette déclaration à un sondage du Journal du Dimanche montrant que 61% des Français sont hostiles au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, comme il était prévu dans le programme de Nicolas Sarkozy. Certes, comme l'ont relevé nos confrères de rue89http://www.rue89.com/2007/08/14/santini-tacle-les-fonctionnaires, dans son emportement, André Santini a quelque peu gonflé les chiffres. Si l'on prend pour base la population active totale, chômeurs compris, les fonctionnaires ne représentent pas 24 mais 18%.... Autre objection de taille, lorsque les libéraux évoquent la fonction publique, les gens pensent aux enseignants, aux policiers et aux inspecteurs des impôts. Or, comme l'a bien montré Rolland Hureaux dans son ouvrage « Les nouveaux féodaux » (Gallimard), l'augmentation des fonctionnaires et de la dépense publique provient essentiellement de la fonction publique territoriale, qui a plus que triplé en vingt-cinq ans, avec plus 1,7 million d'agents locaux, décentralisation oblige. Comment obliger nos élus à réduire les effectifs des collectivités locales ? Comment, finalement, André Santini compte-t-il s'y prendre pour faire baisser le nombre de fonctionnaires ?
Une piste possible consiste à analyser le comportement du secrétaire d'Etat là où il exerce ses talents de gestionnaire depuis vingt-sept ans : à la mairie d'Issy-les-Moulineaux. Fait remarquable, qui souligne la cohérence du discours d'André Santini, cette ville des Hauts-de-Seine n'emploie effectivement qu'un petit millier de fonctionnaires pour quelque 60 000 habitants. Les Isséens seront heureux d'apprendre que les dépenses de personnel de la mairie ne représentent que 41% des charges de fonctionnement, alors que la moyenne nationale est de 51%. Le secret ? Il est dévoilé en page 5 d'un rapport de la Chambre régionale des comptes de la région Ile-de-France : « Le niveau modéré des dépenses de personnel s'explique notamment par le recours à des prestataires extérieurs. » Problème : toujours selon ce rapport, rendu public en mai 2006, la délégation des services publics à des prestataires privés « se traduit par un montant élevé de charges externes : 427 euros par habitant, contre 237 euros par habitant pour la moyenne nationale ». Et encore, il s'agit là d'une estimation. Car pour avoir des chiffres plus précis, il faudrait pouvoir disposer de comptes clairs.
A Issy, les prestataires privés s'occupent de tout : des parkings, des crèches, de la piscine, de la restauration scolaire et même de la gestion des ressources humaines et des tâches administratives. Mais le rapport de la Chambre des comptes dénonce, quasiment à chaque paragraphe, le « flou », « l'absence de précisions et l'absence de cohérence entre les différents documents financiers produits par certains délégataires » qui empêchent un audit digne de ce nom. Il souligne également que certaines « clauses contractuelles préservent mal les intérêts de la commune ». Un euphémisme laissant entendre que la délégation des services publics à des prestataires extérieurs n'est sans doute pas un facteur d'économie.
Bref, André Santini possède bien une recette susceptible de réduire le nombre de fonctionnaires, mais celle-ci a un prix, même s'il est difficile à estimer. Laurent Pieuchot, candidat PS à la mairie d'Issy-les-Moulineaux, l'a bien compris et ne manque d'ailleurs pas de faire savoir que « les différents acteurs (privés) ne sont plus maîtrisés par la municipalité et leurs activités ne sont pas forcément bénéfiques à la population, qui s'en plaint régulièrement. » Tandis que le secrétaire d'Etat à la fonction publique bat la campagne médiatique pour relayer les idées chères au président, et surtout à l'ex-candidat Sarkozy, son opposant à la mairie a un argumentaire tout trouvé pour les prochaines municipales.
Jeudi 16 Août 2007 - 19:32
Anna Borel
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