LE MONDE | 02.06.07 | 15h04 • Mis à jour le 02.06.07 | 15h04
Ils voulaient "faire le plus de bruit possible". Mission accomplie. Venus de Rennes (Ille-et-Vilaine), Lannion (Côtes-d'Armor), Velizy (Yvelines) ou Villarceau (Essonne), quelques dizaines de salariés d'Alcatel-Lucent, emmenés par les syndicats CFDT, CGT et CFTC, ont sérieusement perturbé l'assemblée générale de l'équipementier de télécommunications, qui avait lieu au Palais des congrès à Paris, vendredi 1er juin.
Ils entendaient protester contre les suppressions d'effectifs annoncées début 2007, à la suite de la fusion des deux entreprises. Dans le monde, 12 500 salariés sont concernés, dont presque 1 500 en France, essentiellement des ingénieurs.
Détenteurs d'actions qu'ils avaient à la hâte achetées quelques semaines plus tôt – et qui leur donnaient le droit de participer à l'assemblée –, les salariés ont tellement donné de la voix et de la corne de brume que les discours de Serge Tchuruk, président du conseil d'administration, et de l'Américaine Pat Russo, directrice générale du groupe, sont restés largement inaudibles.
"SCANDALE" DU "PARACHUTE DORÉ"
Visiblement énervé, M. Tchuruk a fini par leur proposer de faire une déclaration. Ils en ont profité pour prendre à partie les actionnaires : "Depuis des années, nous subissons massivement délocalisations et suppressions d'emplois sans que vous en tiriez un quelconque profit. (...) Ces licenciements ont prouvé leur inefficacité. Depuis qu'ils sont en oeuvre, innovation, qualité, délais, marges se sont dégradés. Ils affaiblissent le potentiel de recherche et développement en France et en Europe."
Tous arboraient le badge "Non aux délocalisations". De fait, ils craignent que la direction d'Alcatel-Lucent, qui s'en défend, n'ait l'intention de délocaliser une partie de la recherche et développement du groupe en Inde et en Chine.
Les salariés protestataires ont également brocardé les émoluements de leurs dirigeants, à commencer par le "scandale" du "parachute doré" de Mme Russo, – deux années de salaire. "Vous, M. Tchuruk, vous n'êtes pas en reste avec 2,5 millions d'euros perçus en 2006, auxquels il faut ajouter, cerise sur le gâteau, pour un départ que vous avez voulu, un parachute doré de 5,6 millions d'euros", ont-ils ajouté.
Les indemnités de Mme Russo correspondent aux standards internationaux, a souligné M. Tchuruk. Les siennes ont été décidées en 1995, afin de le convaincre de quitter la direction de Total pour celle d'Alcatel, alors en difficulté, a tenu à rappeler un membre du conseil d'administration. M. Tchuruk a par ailleurs renoncé à ses stock-options depuis 2005.
M. Tchuruk et Mme Russo ont aussi rappelé que le plan de restructuration avait pour but d'améliorer la rentabilité du groupe, confronté à une concurrence féroce des Asiatiques, grâce à 1,7 milliard d'euros d'économie sur trois ans.
Les salariés ont quitté la salle avant le vote des résolutions à l'ordre du jour de l'assemblée. "Nos voix n'ont de toute façon aucun poids. Si nous sommes venus, c'est parce que nos dirigeants ne sont sensibles à nos revendications que quand nous les leur mettons sous le nez", explique Laurent du Mouza, du syndicat CFDT de Villarceau (Essonne).
Les résolutions ont toutes été votées, y compris celle concernant la rémunération de Mme Russo (à 89,42 %).
Prochain rendez-vous pour les syndicalistes : le 13 juin, lors d'un nouveau comité central d'entreprise.
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