03/06/2007

Sarkozy, Royal, Kouchner, Bayrou, « gauches » et euronationalisme consensuel

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http://lille.indymedia.org/spip.php...

A l’approche de la réunion du G8, les manifestations en Allemagne prennent une ampleur croissante, au point qu’Angela Merkel s’est sentie obligée de « souligner la nécessité » de ce sommet. Mais sur le long terme, dans quelle direction partent les mouvements de protestation contre la politique des lobbies capitalistes et impérialistes ? La réalité est que, dans la pratique, la stratégie des « élites » planétaires bénéficie souvent de grands consensus dont le contrôle échappe aux militants « de base ». L’actuel projet de création d’une méga-puissance européenne nous en fournit un exemple inquiétant.




Le consensus euronationaliste et « eurotransversal »

Dans mon article (...) j’écrivais à propos de l’éditorial consacré par le président de Confrontations Europe Philippe Herzog à l’élection de Nicolas Sarkozy :

« Dans l’ensemble, un clair éloge de Nicolas Sarkozy et de l’esprit de la « droite décomplexée », avec une défense tout aussi directe des intérêts du capitalisme et de l’impérialisme à l’échelle européenne. Herzog est loin d’être le seul à tenir ce langage, que l’on entend également dans les états-majors de la « gauche » française. En réalité, le programme « terre à terre » de Ségolène Royal, qui en 2005 avait soutenu le Traité Constitutionnel Européen (TCE), n’était pas (n’est pas) différent, à des apparences près. Des apparences destinées à ne pas trop repousser l’électorat populaire, même si la dernière campagne présidentielle a plus que jamais relevé du marketing, de l’intox médiatique à fond la caisse et de l’iconographie. Quant aux alliés de Ségolène Royal à la « gauche de la gauche » et à la « gauche toute », ils ont à l’unisson réclamé un Etat européen fort, sous couvert d’Europe « sociale ». Pas de fausse note, donc. Et, lors du débat du 3 mai, la candidate du Parti Socialiste aux présidentielles appelait à « faire que l’Europe revienne, une Europe forte, la France forte dans une Europe qui a besoin de la France, et d’une France qui a besoin de l’Europe ».Un objectif devenu prioritaire dans les démarches récentes de Nicolas Sarkozy une fois élu. Avait-on jamais vu un tel consensus au sein du monde politique français, depuis 1914 et l’Union Sacrée ? C’est que la mise en place d’une superpuissance européenne est devenue une véritable urgence pour les milieux financiers, inquiets des signes de faiblesse de l’actuel gendarme mondial, la superpuissance US. »

(fin de citation)

Un consensus que Nicolas Sarkozy a également entendu affirmer avec la nomination de Bernard Kouchner aux affaires étrangères, et que François Bayrou vient de conforter avec des déclarations apportant son soutien à la « nouvelle politique européenne » de Sarkozy. Bayrou s’est félicité de voir le président de la République Française « abandonner l’idée d’un mini-traité pour aller vers un traité simplifié » et a déclaré à ce sujet : « L’orientation vers un traité plus simple, plus lisible, plus compréhensible me convient ». Il paraît évident que les réseaux du capitalisme sont très pressés de voir se constituer cette « Europe forte ».

Faut-il vraiment s’étonner de la situation qui s’est créée ? Il est bien connu que, lors du référendum de 2005, la plupart des politiciens à façade progressiste défendant le NON réclamaient en même temps « une autre Europe », l’Europe dite « sociale » ou « des travailleurs », etc... Peu étaient vraiment contre la formation d’un grand Etat européen. Pour les législatives de 2007, le Parti Communiste Français propose toujours d’engager « un processus associant les peuples pour un nouveau traité de l’Union européenne, démocratique et solidaire ». La logique euronationaliste domine l’ensemble de la « gauche de la gauche », y compris la « gauche du NON », la « gauche toute », etc...

Il est intéressant de remarquer que cette approche non exempte de duplicité n’a pas été une exclusivité du monde politique français dit « à la gauche de la gauche ». En Espagne, par exemple, la coalition Izquierda Unida, qui comprend notamment le Parti Communiste et appelait à voter contre le TCE, déclarait au même moment :

http://www.izquierda-unida.es/federal/asamblea/05.htm

« Nuestro horizonte no puede ser ya otro que el de construir una Europa unida y progresista » (Notre horizon ne peut être désormais que de construire une Europe unie et progressiste).

Pas un mot sur la nature capitaliste et impérialiste, dans la réalité, de cette Europe. Un joli tour de passe-passe, assorti du slogan « une autre Europe est possible », pour retourner sa veste en beauté profitant d’une déclaration à façade « dure » opposée au TCE. Et on a en vu de pareilles dans bien d’autres pays.

Pourtant, il ne semble pas que ceux qui se livrent à de telles pratiques aient prospéré au cours des trois dernières décennies. Un internaute me fait remarquer que, dans les années 1970, le Parti Communiste d’Espagne (PCE) avait autour de 200.000 militants. Il était de loin le parti ouvrier le plus important et le mieux organisé. Mais, en 2005, il comptait moins de 30.000 militants.

Mon interlocuteur espagnol rappelle que, sous Franco, beaucoup de militants avaient fait de la prison, voire même s’étaient faits tuer, pour le PCE. Mais, dans les années 1970, son secrétaire général Santiago Carrillo, qui se disait « eurocommuniste », a ouvertement aidé à restaurer la monarchie sous prétexte de « pacte pour la liberté ». Un marchandage qui, dans la pratique, renonçait définitivement à toute perspective républicaine. Avec le rétablissement du régime parlementaire en Espagne, c’est le « vote utile » en direction du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE, l’équivalent du PS français) qui l’a emporté, et le PCE s’est vite fait « buffetiser » sans que l’abandon de la référence au marxisme-léninisme au début des années 1980 ait arrangé ses affaires.

Quant à l’Italie... Et ainsi de suite.

Quelle est donc la logique de ce genre de braderies ? Certainement pas l’intérêt des travailleurs invoqué par des dirigeants comme Carrillo ou ses équivalents français, italiens...

En tout état de cause, il semble bien que les sujets vraiment stratégiques fassent l’objet de beaucoup plus d’unions sacrées et de « transversalités » qu’on ne pourrait le penser à première vue. Pas seulement en France ou en Europe, mais à une échelle bien plus vaste. De quoi s’inquiéter très sérieusement.

(Voir la source pour plus de détails)

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