03/06/2007

y'a un malaise??sans blague !!

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dimanche 3 juin 2007, 12h58
Constat accablant des rapports police-population dans le "93"
Par Rémy BELLON

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PARIS (AFP) - Un rapport de l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES), qui dépend du ministère de l'Intérieur, dresse un constat accablant des relations entre police et population en Seine-Saint-Denis et évoque un "climat d'insécurité permanent", risquant même de s'envenimer.
Ce rapport inédit, auquel l'AFP a eu accès, a été finalisé en décembre 2006 après deux mois d'étude et de rencontres avec des acteurs municipaux, policiers ou magistrats du "93", d'où sont parties les émeutes de 2005.

Il s'agit d'un "document interne qui n'avait pas vocation à être diffusé", a réagi samedi la direction générale de la police nationale (DGPN) selon laquelle "beaucoup a été fait en Seine-Saint-Denis" depuis fin 2006, notamment pour le "renforcement des effectifs" ou "l'accueil dans les commissariats".

La socialiste Ségolène Royal s'est insurgée contre le fait que ce rapport ait été "caché aussi longtemps", évoquant "des vérités qui dérangent".

La "mission d'étude" de l'INHES s'est concentrée sur quatre communes, dont Montfermeil ou Clichy-sous-Bois, où sont implantés des ensembles HLM difficiles. Elle a transmis son rapport en début d'année au ministère de l'Intérieur.

D'emblée, les auteurs indiquent que "les relations actuelles entre la police nationale et la population" en Seine-Saint-Denis "sont difficiles et empreintes de tensions évidentes".

Ils évoquent une "déferlante de violence" avec un "nombre croissant de mineurs" mis en cause dans la délinquance, une "dégradation", voire "parfois une césure" police/population.

L'état réel de la délinquance "révèle une face cachée significative d'un profond malaise": une "hausse considérable des violences", une "baisse discutable des faits constatés", une "violence endémique", ajoutent-ils.

La police se concentre trop sur la lutte contre les stupéfiants ou les clandestins, affirme par ailleurs l'étude, dénonçant une "hausse artificielle" de ses taux d'élucidation, qui donnent "une image agressive" d'elle.

Il souligne un "décalage" entre la "suractivité permamente" de la police et les "réalités subies par la population".

Le "93", soutient l'étude, est dans une situation de "marginalisation croissante" avec une "délinquance hors normes". Un "fossé se creuse avec les autres départements" notamment pour ce qui est des faits violents constatés.

L'étude constate par ailleurs un "faible taux de plaintes" et également une "faible réponse judiciaire vécue, selon les acteurs de terrain, par la population et la police".

Tous les éléments mis en avant dans l'étude ont pour conséquence un "climat d'insécurité permanent entre la police et les habitants des quartiers sensibles".

Les "racines du conflit" sont à chercher dans "l'affablissement du Parti communiste", dont le "93" fut un bastion, "et son réseau associatif (...) actif" ou dans une police "formée avant tout au maintien de l'ordre".

L'INHES demande de "prendre en compte le contexte dans lequel vivent" les "populations fragilisées" du "93" sur les plans économique et social; regrette qu'il n'y ait pas eu "d'analyse" des violences urbaines ou que la police soit perçue comme "partiale" du fait parfois de son "attitude irrespectueuse", à cause des "tensions".

Quelles sont les solutions ? Il faut "renouer les liens avec la population des quartiers", "réorganiser le travail de la police et de ses techniques d'intervention". Un train de mesures est préconisé comme l'accueil dans les commissariats, une "doctrine d'emploi" des policiers et particulièrement des CRS.

La police de proximité, dit aussi l'étude, a eu des "effets positifs incontestables" dans certains secteurs.

Elle observe en conclusion que "les policiers ont ressenti une dégradation des rapports" après les émeutes de 2005.

Sur ce rapport, le syndicat de police Alliance a dénoncé dimanche une "certaine pression de la hiérarchie sur les policiers" en Seine-Saint-Denis, selon Jean-Claude Delage, secrétaire général du deuxième syndicat de gardiens de la paix, pour qui "il ne faut pas confondre politique du résultat et abattage quantitatif".

"Les policiers ne sont pas contre la politique du résultat (NDLR : insufflée par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur) mais il ne faut pas confondre avec l'abattage qui leur est parfois demandé, pour faire du chiffre sur les procès-verbaux, par exemple ce qui est mal ressenti par la population".

Pour Synergie, deuxième syndicat d'officiers de police, "la population en Seine-Saint-Denis attend une réponse judiciaire" à l'insécurité après la divulgation du rapport de l'INHES.

"Il n'y a pas de malaise entre la police et la population du +93+ mais entre les policiers et une population criminogène", a estimé Bruno Beschizza, secrétaire général de Synergie.

Enfin, le Syndicat national des officiers de police (Snop - majoritaire) a déclaré dimanche que la situation décrite par le rapport est "une réalité que (son) syndicat a déjà dénoncée", a indiqué à l'AFP le secrétaire général du Snop Dominique Achispon.

"Il y a des tensions de plus en plus vives en Seine-Saint-Denis", a-t-il dit, "et les officiers subissent dans ce département des pressions tant au niveau des chiffres, du résultat, que de leurs conditions de travail qui se dégradent".

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