15/08/2007

Un an après, les leçons de Cachan!!!!!

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solidarité . Le 17 août 2006, plusieurs centaines de migrants étaient jetés à la rue. Deux mois et demi plus tard, ils faisaient plier le gouvernement. Retour sur une mobilisation exemplaire.
C’était il y a un an, tout juste. La rumeur filait dans les couloirs du bâtiment F de l’ancienne cité universitaire de Cachan (Val-de-Marne). « Évacuation. » Le mot passait de bouche en bouche, de chambre en chambre. Depuis 2003, près d’un millier de personnes se sont installées dans cette grande barre de cinq étages, promise à la destruction. « Le plus grand squat

de France », dit-on. Des hommes, des femmes, des célibataires, des couples avec enfants. Une trentaine de nationalités, dont une grande majorité de Maliens et d’Ivoiriens, et une bonne moitié de sans-papiers. Officiellement, la préfecture parle de « vétusté » et de « risque incendie ». Mais pour Nicolas Sarkozy, en précampagne électorale sur l’immigration, l’occasion est trop belle de marquer les esprits. Surtout ceux à droite de sa droite.

chaque cas étudié

Le 17 août, vers 9 heures, une fois les hommes partis au travail, huit compagnies de CRS se mettent donc à pied d’oeuvre. Mais les expulsés se rebiffent, refusent d’être dispersés au gré des hébergements en hôtel que leur propose le préfet Bernard Tomasini. Leur union fait leur force. Ils le savent. S’ils veulent obtenir un logement ou des papiers, voire les deux, il faut rester groupés. Cet entêtement les conduira à vivre des semaines durant dans le gymnase de la ville où le maire (PS) de la ville, Jean-Yves Le Bouillonnec, accepte de les accueillir. Les images de promiscuité et de détermination vont bouleverser la France. Et étendre les soutiens. Cachan n’est plus un problème. Il devient un symbole.

Deux mois et demi plus tard, le gouvernement va plier. Le 6 octobre, un protocole d’accord est signé entre trois associations (France terre d’asile, SOS Racisme, la -Licra) et le ministère de l’Intérieur. Chaque cas de sans-papiers sera étudié. Un relogement pérenne doit être trouvé.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces promesses ? « Beaucoup a été fait », souligne Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile. Au total, 440 personnes avaient été évacuées du gymnase Belle-Image. Parmi elles, 238 adultes étaient en situation irrégulière. Aujourd’hui, 231 sont régularisés. Côté logement, la centaine de familles qui étaient en situation régulière a été relogée définitivement par le GIP Habitat, dans le parc social, à Paris ou en région Île-de-France. Pour les autres, régularisés entre-temps, elles vivent encore, pour la plupart, en hôtel ou en foyer CADA ou SONACOTRA, par l’intermédiaire de France terre d’asile.

pénurie de logement

« 60 % des 130 familles que l’on a prises en charge ont, au moins, une personne adulte en CDI et à temps complet, précise Pierre Henry. Le montant de leur rémunération se situe entre 1 000 et 1 300 euros. Ce sont donc des travailleurs pauvres qui sont confrontés, comme beaucoup, à la pénurie de logements sociaux en Île-de-France et à la difficulté d’accéder au logement privé. » Pour les cas les plus difficiles, comme les femmes sans formation, à la tête d’une famille monoparentale, France terre d’asile mise sur les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) et lorgne hors de la région. L’association travaille notamment avec les chantiers navals de Saint-Nazaire. Sept anciens de Cachan se sont inscrits à une formation de soudeur. « Tout ça ne se règle pas en un coup de baguette », glisse Pierre Henry.

Pour les associations, cette lutte reste en mémoire comme une victoire exemplaire. « La détermination des résidents, avec le soutien des élus et des militants, a réussi à forcer des portes et, in fine, a obligé le gouvernement à reculer », rappelle Pablo Krasnopolski, cofondateur de RESF. Il y a eu, grâce à Cachan, comme lors de Saint-Bernard, une prise de conscience de l’opinion publique. « Cela se produit dès que les fantasmes autour du clandestin s’évanouissent au profit du visage réel et humain de cette forme de précarité. Malheureusement, les élections suivantes ont montré que cette prise de conscience n’est jamais - acquise. »

une lutte symbole

Les mois ont passé. Mais Fidèle Nitiéma, l’ancien délégué, reste profondément marqué par la période Cachan. « Cette lutte reflète la situation de tous les migrants de France et d’Europe, lance-t-il. Nous voulons tous travailler et respecter les lois du pays. Nous ne sommes pas des vagabonds ni des bandits. Si nous étions dans ce squat, c’est que nous n’avions pas le choix. » Le 17 août 2006, lors de l’évacuation manu militari, lui s’est senti « humilié ».

Laurent Mouloud et Ludovic Tomas

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